UNIVERSITÉ NATIONALE DE HANOÏ
UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES
DÉPARTEMENT POST-UNIVERSITAIRE
ĐỖ THỊ THU TRANG
DIFFICULTÉS EN PRODUCTION DES ESSAIS ARGUMENTÉS CHEZ LES
ÉTUDIANTS EN TROISIÈME ANNÉE DU DÉPARTEMENT DE LANGUE
ET DE CIVILISATION FRANÇAISES –
UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES –
UNIVERSITÉ NATIONALE DE HANOÏ
KHÓ KHĂN TRONG VIỆC VIẾT VĂN BẢN LẬP LUẬN CỦA SINH VIÊN
NĂM THỨ 3 KHOA NGÔN NGỮ VÀ VĂN HOÁ PHÁP –
ĐẠI HỌC NGOẠI NGỮ - ĐẠI HỌC QUỐC GIA HÀ NỘI
Mémoire de master
Option : Didactique
Code : 60 14 10
HANOÏ - 2010
UNIVERSITÉ NATIONALE DE HANOÏ
UNIVERSITÉ DE LANGUES ET D’ÉTUDES INTERNATIONALES
DÉPARTEMENT POST-UNIVERSITAIRE
ĐỖ THỊ THU TRANG
DIFFICULTÉS EN PRODUCTION DES ESSAIS ARGUMENTÉS CHEZ LES
2.2. Caractéristiques du texte argumenté ...................................................................... 12
2.3. Genres de texte argumenté et essai argumenté ...................................................... 13
3. Les modèles du processus rédactionnel ................................................................... 17
3.1. Un modèle linéaire ................................................................................................. 17
3.2. Des modèles non linéaires ..................................................................................... 18
3.3. Commentaires sur le modèle de Hayes (1996) ...................................................... 25
3.4. Apports du nouveau modèle de Hayes à l’enseignement de la production écrite . 26
Chapitre 2 : Analyse et interprétation des données ....................................................... 29
1. Présentation du terrain ............................................................................................ 29
2. Cadre méthodologique de la recherche ................................................................... 29
3. Analyse du corpus ...................................................................................................... 31
4. Analyse de l’enquête auprès des apprenants ........................................................... 48
Chapitre 3 : Propositions pédagogiques et méthodologiques ....................................... 61
1. A propos du programme d’enseignement ............................................................... 61
2. A propos de la formation et de l’autoformation des enseignants .......................... 62
3. A propos des tâches de l’enseignant responsable de l’expression écrite ............... 63
4. A propos du thème et du sujet d’écriture ................................................................ 65
5. A propos de la capacité à argumenter des apprenants........................................... 67
6. A propos de la cohérence et cohésion de l’essai argumenté des apprenants ........ 68
7. A propos de la démarche pédagogique dans un cours d’expression écrite .......... 69
8. A propos de l’évaluation des productions écrites ................................................... 71
CONCLUSION ................................................................................................................. 73
BIBLIOGRAPHIE............................................................................................................74
ANNEXES
1
2
peu convaincants par manque d’arguments pertinents, de cohérence et de cohésion
textuelle. En bref, ils sont loin de répondre aux normes fixées pour le niveau C1 par le
CECR.
Face au souci d’aider les étudiants à atteindre le niveau C1 en expression écrite
après la troisième année universitaire et dans le contexte où les recherches dans le domaine
de l’expression écrite ne sont pas développées par rapport aux autres compétences
communicatives, nous voulons réaliser notre travail de recherche intitulé « Difficultés en
production des essais argumentés chez les étudiants en troisième année du Département de
Langue et de Civilisation Françaises – Université de Langues et d’Etudes Internationales –
Université Nationale de Hanoï ».
Notre recherche vise ainsi à répondre aux questions suivantes :
1.
A quelles difficultés les étudiants en troisième année du Département de
Langue et de Civilisation Françaises de l’Université de Langues et d’Etudes Internationales
de l’Université Nationale de Hanoï se heurtent-ils lors de leur production des essais
argumentés ?
2.
Quelles sont les causes de ces difficultés ?
Dans la période de préparation de ce travail, nous allons examiner les hypothèses
suivantes :
1.
Texte argumenté : Dans ce mémoire, nous employons indifféremment ce terme et le
terme texte argumentatif (voir p.13).
-
Essai argumenté
-
Thèse
-
Argument
-
Connecteurs et opérateurs argumentatifs
-
Cohérence et cohésion textuelles
Méthodologie de la recherche
Il s’agit d’une recherche descriptive.
Pour répondre aux questions de recherche et atteindre les objectifs proposés, nous
allons d’abord demander à une quarantaine d’étudiants en troisième année d’écrire un essai
argumenté et puis, analyser leurs produits pour identifier leurs difficultés.
Nous allons ensuite mener une enquête par questionnaire auprès de ces étudiants
afin de dévoiler les causes de leurs difficultés et leurs attentes à l’égard du contenu
résoudre ce désaccord.
On n’argumente donc pas pour défendre une évidence (la blancheur de la
neige) ou pour défendre une vérité scientifique démontrée (la température
d’ébullition de l’eau, par exemple) sauf évidemment, si, à un moment donné, on
veut contester cette évidence ou cette vérité (comme l’on fait avec raison
Copernic et Galilée, par exemple).
[...]
5
3. Lorsqu’on argumente, deux attitudes sont possibles : soit on se situe par
rapport à quelqu’un d’autre, soit ce n’est pas le cas. On aura donc deux
manières différentes de mener une affirmation : soit pour affirmer et défendre un
point de vue, soit pour s’opposer à quelqu’un d’autre. »
Ainsi, Thyrion et Rosier ont abordé la cause, le moyen et le but de l’argumentation.
Plus précisément, on argumente quand il y a un conflit entre plusieurs personnes, on utilise
le langage pour affirmer et défendre un point de vue ou pour s’opposer à un autre et du
coup, il existe toujours un interlocuteur que celui qui argumente souhaite convaincre.
Pour Anscombre et Ducrot (1983), « argumenter, c’est essayer de transformer les
opinions d’autrui en lui présentant une suite de propositions dont la séquence « logique »
est une transformation de ses opinions, en signifiant par « logique » qu’il y a entre les
propositions présentées et la transformation des opinions de l’auditeur des liens fondés sur
un certains consensus de la collectivité. »
On constate que selon ces deux auteurs, l’argumentation cherche toujours à faire
changer d’avis à autrui.
Le groupe de formation CEGOS fait savoir que « argumenter, ce n'est pas vouloir
démontrer que l'on a raison à tout prix. Argumenter, c'est être capable de trouver les idées
justes, de les présenter pour susciter l'intérêt de ses interlocuteurs et les convaincre.
C'est aussi l'art de réfuter avec pertinence, en restant ouvert au dialogue.
textes argumentatifs, la notion de dialogue met en évidence l’existence de deux
thèses, l’une cherchant à dominer l’autre, ce qui implique deux conséquences :
- d’une part, argumenter ne consistera pas seulement à justifier sa thèse,
mais aussi à prendre en compte la ou les thèses adverses [...]
- d’autre part, il peut arriver que l’une des deux thèses soit implicite, soit
qu’elle ne soit pas évoquée dans l’énoncé du sujet, soit que la situation de
communication l’occulte. [...] Il faudra donc toujours savoir reconstituer la thèse
éventuellement absente [...]
c. Toute argumentation est justification et explication
La subjectivité implique que l’argumentation n’est pas une démonstration,
mathématique par exemple. Comme elle ne peut imposer son avis par la rigueur
d’un enchaînement automatique des idées, il lui faudra multiplier les preuves,
voire user de techniques d’expression particulières, pour convaincre. Il sera donc
nécessaire que le néophyte apprenne à gérer la présentation et l’organisation des
7
idées, c’est-à-dire la structure du raisonnement qui sera mû par une intention
précise et orienté vers un objectif clair. Il lui faudra aussi maîtriser l’expression
des preuves (exemples, faits, opinions rapportés, anecdotes) ainsi que l’utilisation
pertinente de procédés stylistiques. » (Meyer, 1996 : 9-11)
Cependant, toujours selon Meyer, la procédure de fonctionnement de
l’argumentation n’est pas un raisonnement inattaquable parce que l’argumentation agit
sur l’opinion personnelle et subjective d’un individu et elle ne cherche pas seulement à
déterminer si telle thèse est vraie ou fausse, mais à influencer autrui. Elle est réussie non
quand elle aura atteint le vrai mais quand elle aura convaincu son destinataire. C’est
donc la validité qui décide l’efficacité de l’argumentation. Il faut retenir qu’il s’agit d’ici
une efficacité maximale, mais pas absolue. Cette réflexion de Meyer coïncide avec la
définition de l’argumentation donnée par Oléron : « Démarche par laquelle on
8
Cette définition est brève mais elle aborde exactement les opérations nécessaires
dans une argumentation.
De tout ce qui est dit, on peut dire que l’argumentation n’est pas facile à définir
parce qu’elle fait références à plusieurs notions.
Tout d’abord, l’argumentation suppose le langage. C’est au moyen du langage qu’on
argumente.
Ensuite, le but de l’action d’argumenter est de convaincre autrui. Une question se
pose : « Quelle est la différence entre convaincre, persuader et démontrer ? » Nous nous
permettons de citer Nathalie Mazabras (Fiche memo Le texte argumentatif sur le site
:
« Démontrer, c’est prouver la vérité d’une thèse, sans avoir besoin de faire adhérer
le destinataire.
Convaincre, c’est rallier les destinataires à une thèse en la faisant admettre par un
cheminement rationnel.
Si l’on prend d’abord en considération l’attente, les émotions des destinataires en
usant de procédés susceptibles de les toucher, on cherche plutôt à les persuader. »
Selon l’auteur du Livre et Clic,
« pour convaincre, il faut s'appuyer sur des arguments logiques présentés
dans une argumentation sans faille. Elle doit s'étayer sur la justesse des
arguments et des exemples, ainsi que sur l'emploi de raisonnements
logiques appropriés dont la structure est bien mise en évidence. La visée
didactique est importante et donc on emploiera de préférence ce registre
de manière à se faire bien comprendre et entendre de son interlocuteur
qui ainsi adhérera avec sa raison et son intelligence à la thèse défendue
par l'argumentateur.
Persuader, c'est jouer sur une autre corde qu'on pourrait appeler la
sensibilité, les sentiments. Il s'agit de trouver, chez l'interlocuteur, ce qui
pourrait lui plaire, le séduire pour l'amener à penser comme vous. Aimet-il rire de son adversaire, s'en moquer ? Quel est son système de valeurs
pour les décisions. (Golding, 1984 : 1)
(IV) Argumenter c’est adresser à un interlocuteur un argument, c’est-à-dire une
bonne raison, pour lui faire admettre une conclusion, et, bien sûr, les comportements
adéquats. Une argumentation se compose donc des deux éléments essentiels :
10
un argument → une conclusion
(Plantin, 1987 : 1)
Après avoir parcouru la conception de l’argumentation selon des auteurs
expérimentés en la matière et après avoir examiné des notions liées, nous pourrions définir
l’argumentation comme suit : « Argumenter, c’est donner des arguments au moyen du
langage pour défendre une thèse et convaincre autrui. »
Il nous reste maintenant à expliciter la notion de thèse et d’argument.
- Thèse : Ce vers quoi tend explicitement ou implicitement le texte argumentatif et
qui est obligatoirement étayé ou soutenu par au moins un argument.
- Argument : Enoncé qui étaie ou soutient une thèse (ou une conclusion partielle).
Nous venons de donner notre définition de l’argumentation. Nous allons ensuite
présenter quelques caractéristiques de l’argumentation.
Premièrement, l’argumentation comprend quatre composantes principales :
l’énonciateur, le destinataire, l’objet et le langage.
On peut le schématiser comme suit :
au sujet de
O
après avoir changé d’avis
D
D’
subjectivité. Liberté de penser et d’exprimer sa pensée ; subjectivité du locuteur de choisir
ses propres armes (idées, exemples) pour convaincre son destinataire et subjectivité du
destinataire d’accepter ou de refuser la thèse qui lui est présentée.
Jusqu’ici, nous avons présenté la notion d’argumentation à travers sa définition et
ses principales caractéristiques. Nous passons ensuite à la question du texte argumenté
étant donné que notre sujet de recherche porte sur l’essai argumenté qui est un sous-genre
du texte argumenté.
12
2. Texte argumenté
2.1. Définition du texte argumenté
Avant de présenter la définition du texte argumenté, nous devons préciser que le
terme texte argumenté est plus largement utilisé que celui de texte argumentatif, même
s’ils désignent un même phénomène.
Selon la faculté de philosophie de l’Université Laval, un texte argumenté est un
texte qui soutient une position au sujet de quelque chose (événement, problème, discours,
doctrine, etc.) qui expose ou explique pourquoi il faut considérer qu’une certaine chose a
telle ou telle particularité.
Quant aux professeurs du département de philosophie de l’Université du Québec à
Montréal, ils définissent le texte argumenté comme suit : « il s’agit d’une production écrite
suivie qui argumente dans le but de défendre un point de vue spécifique, c’est-à-dire une
thèse, en répondant à une interrogation philosophique ou scientifique. »
En bref, il n’y a pas de divergence de vues vis-à-vis de la définition du texte
argumenté. Nous passons ensuite à découvrir les caractéristiques de ce type de texte.
2.2. Caractéristiques du texte argumenté
D’après les professeurs de la faculté de philosophie de l’Université Laval, un texte
argumenté est un texte dans lequel un auteur argumente en faveur d’un point de vue
déterminé en réponse à une question d’intérêt philosophique ou scientifique et il y défend
Nous allons ensuite de définir chacun d’eux.
-
Editorial : Il s’agit d’un article de fond, un commentaire, signé ou non, qui
exprime, selon le cas, l'opinion d'un journaliste ou celle de la direction ou de la
rédaction du journal, de la radio ou de la télévision sur un thème d’actualité
-
Critique : "C'est un texte bref qui vise à persuader ou à dissuader le
destinataire de s'engager à son tour dans la découverte d'une œuvre. La note
critique est un texte composite qui comporte à la fois une partie informative
(éléments matériels sur le contexte de diffusion, bref résumé ou description du
contenu) et une partie argumentative (appréciation personnelle argumentée sur
divers aspects de l'œuvre)." (Programme Fesec, 2e degré, 2002)
14
-
Message publicitaire : Un message publicitaire est conçu comme un
argumentaire qui doit comporter trois éléments : un argument cognitif ou
informatif : le consommateur doit savoir de quoi il s'agit, qu'est ce qui fait le plusproduit ; une part affective qui doit éveiller l'intérêt[29] du consommateur,
l'intéresser, le séduire ; une étape conative (qui engage à l'action) : le
consommateur est invité à acheter le produit, à appeler un numéro de téléphone,
visiter
philosophique, historique, politique. « Essai sur la peinture », Diderot (Dictionnaire Le
Petit Robert de la langue française, 2006 : 949)
15
- Essai n.m. Ouvrage en prose rassemblant des réflexions diverses ou traitant un
sujet d’intérêt général sans prétendre l’épuiser ni arriver à des conclusions fermes ou
définitives. (Dictionnaire Le Petit Larousse illustré, 2000 : 398)
- Essai, nom masculin Ouvrage littéraire présentant quelques idées sans que son
auteur prétende épuiser le sujet [Littérature]. Synonyme : ouvrage. Anglais essay
(Dictionnaire L’Internaute en ligne)
De toutes ces définitions, on peut constater d’abord que l’essai est généralement
considéré comme un genre littéraire qui n’épuise pas le sujet, autrement dit, qui ne le traite
pas à fond. Cependant, avec le temps, le terme essai prend un sens plus large. On entend
par essai non seulement un genre littéraire mais également une composition par laquelle
l’auteur donne son opinion sur un sujet. Et dans le cadre de ce travail de recherche, nous
traiterons l’essai au sens large du terme.
De plus, toutes ces définitions sont d’accord sur le point que l’essai en tant que
genre littéraire est un type de texte assez libre sur le plan de la structure et incomplet sur le
plan du contenu. Ces définitions peuvent entraîner des malentendus chez les scripteurs
inexpérimentés sur l’essai en tant que genre scriptural et objet de la production écrite en
classe en général et dans l’épreuve du DALF C1 en particulier parce qu’ils peuvent
interpréter cette idée comme une négligence de la forme et du contenu de l’essai, c’est-àdire qu’il n’y a pas de progression logique dans leur texte écrit et qu’ils peuvent écrire tout
ce qui leur vient à l’esprit sans beaucoup réfléchir.
- L’essai argumenté et la dissertation
Dissertation
- applique plusieurs types de plan
- est basée sur une problématique bien
élaborée
- permet la subjectivité à travers les
critiques et la prise de position (thèse)
- ne comporte pas de structures
Essai
L'essai est un texte suivi qui possède un caractère fermes et rigides à respecter (plusieurs
provisoire, c'est-à-dire non définitif. Ce type de formes possibles)
production écrite présente une vision engagée et - présente une vision personnelle,
originale sur un sujet. Il peut revêtir plusieurs synthétique,
créative,
originale,
formes et n'a pas de structure rigide à respecter. engagée, inventive, etc.
Bien que l'essai fasse place à la subjectivité, à - cherche à explorer un sujet de
l'intuition et à la créativité, il n'est pas pour autant manière nouvelle
moins pertinent (certaines études de cycles
supérieurs exigent, pour l'obtention du grade, la
réalisation d'un essai). En d'autres termes, l'essai
- n'a rien à prouver et produit des
résultats partiels ou provisoires
représente une synthèse personnelle sur un thème - critique et interprète des faits à la
donné qui s'articule autour d'une perspective lumière d'une préoccupation centrale
principale basée sur une pensée personnelle. Ce - est pertinent, rigoureux et rationnel
analyse le processus de production des scripteurs ayant l’anglais comme langue maternelle.
Selon ce modèle, le processus rédactionnel se déroule en trois étapes : la préécriture,
l’écriture et la réécriture. Pendant l’étape de préécriture, le scripteur rédige le plan de son
texte et cherche des idées. Dans la deuxième phase, il concrétise les idées trouvées selon le
plan déjà établi pour avoir un texte. La dernière étape consiste à retravailler ce texte en y
apportant des corrections concernant la structure et le contenu.
D’après ce modèle, l’ordre de ces trois étapes est invariable. C’est pour cette raison
que ce modèle est considéré comme linéaire ou unidirectionnel : on ne passe à l’étape
suivante qu’après avoir fini l’étape précédente et du coup, il n’y a pas de retour en arrière
18
sur les activités de l’étape précédente. Mais en réalité, le processus rédactionnel est plus
complexe que ce que Rohmer a analysé. En effet, seuls les scripteurs inexpérimentés
appliquent ce modèle en se contentant de produire un texte d’un seul coup et ne
s’intéressent guère aux activités cognitives pour apporter des corrections à leur texte. Par
exemple, ils ne se demandent pas si leurs expressions valorisent les idées trouvées pendant
l’étape de recherche d’idées. Quant aux scripteurs habiles, ils font toujours attention à cet
aspect cognitif et pour eux, le processus rédactionnel n’est pas linéaire. D’où des modèles
non linéaires proposés dans les années suivantes.
3.2. Des modèles non linéaires
Dans cette partie, nous n’avons pas l’ambition de présenter de façon exhaustive tous
les modèles non linéaires mais seulement le modèle de Hayes et Flower (1980) et celui de
Hayes proposé une quinzaine d’années plus tard étant donné que ces modèles sont pour
nous les plus connus et les plus appliqués dans la rédaction ainsi que dans
l’enseignement/apprentissage de la compétence de l’expression écrite.
Le modèle de Hayes et Flower
Enjeux
TEXTE DEJA
ECRIT
PROCESSUS D’ECRITURE
MEMOIRE A LONG
TERME
REVISION
MISE
Récupération
Connaissances du
thème
Connaissances du
destinataire
Plans d’écriture
stockés
PLANIFICATION
Organisation
Lecture
EN
TEXTE
3.
Le processus d'écriture (qui se charge en mémoire de travail) qui comprend les
quatre processus, à savoir : la planification, la textualisation, la révision et le contrôle.
o
La planification : ce processus consiste à élaborer des buts et un plan d’écriture à
partir des informations issues de la mémoire à long terme et de l’environnement de la
tâche. Ce processus d’élaboration conceptuelle comprendrait trois sous-processus:
la génération d’idées (activation et sélection en mémoire des idées
pertinentes par rapport au thème, au destinataire et au type de texte)
leur organisation (structurer les informations récupérées en un plan
d’écriture organisé de manière chronologique ou hiérarchisé)
l’assignation des buts (définition des buts, des plans et des critères
permettant l’ajustement du texte aux objectifs poursuivis et aux contraintes de la
situation)
o
La mise en texte : les fragments de messages conceptuels produits par la
Le modèle de Hayes et Flower met l’accent sur l’aspect récursif du déroulement des
trois processus rédactionnels en fonction des règles d’enchaînement et de priorité.
Autrement dit, ces trois opérations sont récursives, même si certaines opérations dominent
à certains moments de la tâche (par exemple, la planification au début du processus
rédactionnel. C’est l’instance de contrôle qui exige l’enchaînement de ces trois opérations.
De plus, ce modèle insiste sur les aspects conceptuels de la production écrite
(connaissance du thème, organisation des connaissances en mémoire, mobilisation de
celles-ci en fonction du but et de la situation d’écriture).
Ce modèle a cependant été critiqué par plusieurs auteurs du fait qu’il s’agit d’un
modèle d’expert et qu’il ne permet donc pas de décrire la construction progressive de
l’habileté, ni les phases élémentaires de la production écrite. Il lui a été reproché aussi de
ne pas tenir assez compte des dimensions affectives et sociales et des processus cognitifs
qui interviennent dans la production écrite. De plus, il ne précise pas le fonctionnement de
la mémoire à long terme ainsi que son rôle dans la dynamique des traitements et le rôle de
la mémoire de travail est complètement oublié. Ces remarques ont été intégrées dans les
travaux plus récents de HAYES (1996).
Le modèle de Hayes et Flower fait aussi l’objet de critiques de Claudine GarciaDebanc et Michel Fayol étant donné qu’il s’intéresse principalement à des tâches de
rédactions d’essai ou de textes argumentés, sans prendre en compte la spécificité des tâches
d’écriture et qu’il est probable que ce ne soient pas exactement les mêmes opérations pour
la rédaction d’une justification écrite et d’un texte poétique. Mais ce point faible de Hayes
et Flower est pourtant bénéfique pour nous parce que notre recherche porte sur la rédaction
des essais argumentés.
Le modèle de Hayes (1996)