UNIVERSITẫ NATIONALE DE HANOẽ
UNIVERSITẫ DE LANGUES ET D'ẫTUDES INTERNATIONALES
DẫPARTEMENT DẫTUDES POST-UNIVERSITAIRES
*********************
NGUYN THANH HOA
LE RễLE DES CONNAISSANCES CULTURELLES
DANS LA TRADUCTION
(ẫtude de cas des ộtudiants en troisiốme et en quatriốme annộes du
Dộpartement de Langue et de Civilisation Franỗaises-Universitộ de Langues et
dẫtudes internationales- Universitộ Nationale de Hanoù)
VAI TRề CA TRI THC VN HO TRONG DCH THUT
(Nghiờn cu trng hp sinh viờn nm th 3, nm th 4 khoa Ngụn ng v
Vn hoỏ Phỏp-Trng i hc Ngoi ng-i hc quc gia H Ni)
Mộmoire de fin dộtudes post-universitaires
Option : LINGUISTIQUE
Code : 60 22 20
HANOẽ- 2010
UNIVERSITẫ NATIONALE DE HANOẽ
UNIVERSITẫ DE LANGUES ET D'ẫTUDES INTERNATIONALES
DẫPARTEMENT DẫTUDES POST-UNIVERSITAIRES
*********************
NGUYN THANH HOA
LE RễLE DES CONNAISSANCES CULTURELLES
1.1.1 La traduction telle qu’elle est définie par différents auteurs ..................................... 4
1.1.2 La traduction telle qu’elle est conçue par les auteurs de la Théorie du sens ............. 12
1.1.2.1 Les trois niveaux de la traduction ........................................................................... 14
1.1.2.2 La déverbalisation ................................................................................................... 17
1.1.3 Le sens ....................................................................................................................... 24
1.1.3.1 Incomplétude et appréhension du sens .................................................................. 27
1.1.3.2 Incomplétude et expression du sens....................................................................... 30
1.2 Une bonne traduction ................................................................................................ 31
1.2.1 La compréhension ..................................................................................................... 32
1.2.1.1 Comprendre la composante linguistique................................................................. 32
1.2.1.2 Comprendre les implicites ...................................................................................... 33
1.2.1.3 Les compléments cognitifs .................................................................................... 34
1.2.2 L’expression .............................................................................................................. 35
1.2.2.1 La reverbalisation ................................................................................................... 35
1.2.2.2 L’analyse justificative ............................................................................................. 37
1.2.2.3 Identité du contenu, équivalence de la forme ......................................................... 38
1.3. Le bagage cognitif .................................................................................................... 39
1.3.1 Implicite et explicite .................................................................................................. 40
1.3.2 Rôle de l’implicite et de l’explicite dans la communication en général et dans la
traduction en particulière .................................................................................................... 41
1.3.3 Rôle du bagage cognitif dans la compréhension des implicites dans les énoncés et
dans le choix des moyens de réexpression.......................................................................... 43
Chapitre 2 : Comment les étudiants du Département de Langue et Civilisation
Françaises traduisent-ils ?................................................................................................ 45
étudiants en troisième et en quatrième année du Département de Langue et de Civilisation
Françaises. Et le résultat de cette étude servira de base pour les suggestions pour
améliorer la traduction de ces étudiants.
3. Questions et hypothèses de recherche
Dans le cadre de cette recherche, nous essayons de trouver les réponses à ces questions
suivantes :
-
Comment les éléments culturels influencent-ils sur la qualité des traductions chez
les étudiants ?
-
Les étudiants mobilisent-ils assez d‟éléments culturels lors de la traduction ? Ces
questions nous permettent d‟élaborer les hypothèses suivantes :
-
Les éléments culturels jouent un rôle indispensable dans la compréhension des
textes à traduire. Donc, ils peuvent faciliter la compréhension ou au contraire la
bloquer chez les étudiants.
-
La mobilisation des connaissances culturelles dans la compréhension est
insuffisante.
4. Méthodologie de recherche
1.1.3.1.
Incomplétude et appréhension du sens
1.1.3.2.
Incomplétude et expression du sens
1.2.
Une bonne traduction
1.2.1. La compréhension
1.2.1.1.
Comprendre la composante linguistique
3
1.2.1.2.
Comprendre les implicites
1.2.1.3.
Les compléments cognitifs
1.2.2. L‟expression
1.2.2.1.
Chapitre 1 : LES PROBLÈMES THÉORIQUES
Le premier chapitre servira à la clarification des problèmes théoriques, qui, à leurs tours,
jouent un rôle primordial dans la collecte et l‟analyse du corpus présenté ci-dessous. À
partir de ces bases, nous établirons la relation entre le bagage cognitif et la traduction chez
les étudiants en français du Département de Langue et de Civilisation françaises. N‟ayant
pas l‟ambition de présenter les éléments théoriques de façon exhaustive, nous essayerons
de les classer selon un ordre des plus élémentaires aux plus complexes. Ce chapitre est
divisé en trois parties. La première porte sur les définitions de la traduction selon différents
courants, la deuxième partie sur les critères pour une bonne traduction et la dernière sur le
bagage cognitif qui attire totalement notre champs d‟étude.
1.1 Traduire, c'est …
Il est incontestable que la traduction a elle-même une longue histoire marquant différents
courants de cette matière. De nombreuses définitions ainsi que conceptions de traduction
ne cessent donc de s‟ajouter aux connaissances de l‟humanité sur ce sujet. Cette première
partie a pour objectif de présenter quelques définitions de la traduction proposées par
différents auteurs et aussi de préciser le rapport entre la traduction et la linguistique.
1.1.1 La traduction telle qu'elle est définie par différents auteurs
La traduction possède sans doute une longue histoire qui demande une étude bien détaillée
pour la comprendre vraiment. Même si l‟objectif de l‟étude n‟est pas de cette étendue, la
compréhension de l‟évolution de la traduction n‟est pas inutile. Cette histoire peut se
diviser en deux grandes périodes. La première recouvre la période depuis sa naissance
jusqu‟à la fin du XIXè siècle, la deuxième depuis le début du XXè siècle jusqu‟aujourd‟hui.
La première période :
Selon les experts, la traduction a vu le jour avec les oeuvres de Cicéron (en latin Marcus
Tullius Cicéro, 106 av. J.-C- 43 av. J.-C) et de Horace (en latin Quintus Horatius Flaccus,
65 av. J.-C-8). Quand Cicéron traduisait les plaidoyers prononcés par Eschine et
Demosthèmes lors de l‟affaire de la couronne dans De optimo genere oratorum (Les
orateurs parfaits), il a adopté son point de vue sur la traduction:
communiquait dans une nouvelle langue appelée l‟anglais. Wycliffe, aidé de Nicholas de
Hereford, traduisait la Bible dans cette langue en se basant sur La Vulgate. Elle a paru en
1384, l‟année de sa mort. Et c‟est Wycliff qui est le premier à traduire la Bible du latin en
6
anglais et qui déclenche les mouvements de traduction de la Bible. Et selon lui, ce travail
peut être divisé en quatre étapes:
1. Rassembler les vieilles Bibles et autres documents permettant d‟établir une source
authentique de textes latins. (On peut faire remarquer ici que le latin auquel il se réfère
n‟est pas non plus la langue d‟origine de la Bible. Sa traduction s‟est faite à partir d‟une
traduction).
2. Comparer les différentes versions.
3. Consulter les grammairiens et autres hommes de culte pour les interprétations
complexes.
4. Faire les traductions de la Bible de façon intelligible et le plus compréhensible possible
et les soumettre ensuite à un groupe de collaborateurs pour être corrigées [14:23]
En développant le travail de Wycliff, John Purvey, le disciple de Wycliff a réaffirmé
vivement que la traduction ne restait pas celle de mots mais il s‟agissait d‟une
interprétation du sens transmis par l‟auteur afin de créer une traduction bien claire et
compréhensible par les gens de la langue d‟arrivée.
Les réflexions sur la traductions présentées ci-dessus ne représentent que des bases pour le
fondement d‟une théorie de la traduction proprement dite. Cette science devrait sa théorie à
Étienne Dolet (1509- 1546) dont l‟oeuvre La manière de bien traduire d‟une langue en une
autre a réussi à poser les premières pierres de la théorie de traduction. Dans son livre,
Dolet a mis en lumière les cinq règles fondamentales à respecter lors de la traduction:
“La matière de l'auteur qu'il traduit; car par cette intelligence, il ne sera jamais obscur en
sa traduction: et si l'auteur lequel il traduit est aucunement scabreux, il le pourra rendre
facile et du tout intelligible.
l‟auteur en reformulant le texte d‟origine pour qu‟il soit compréhensible dans la langue
d‟arrivée. Et les traducteurs du troisième courant ont tendance à créer des traductions qui
s‟approchent de la forme et de la langue vernaculaire.
La deuxième période:
Jusqu‟à la Seconde Guerre Mondiale, la traduction n‟est considérée que comme un art.
Seuls les écrivains, les philosophes, les spécialistes dans différents domaines scientifiques
s‟y intéressent et le prennent comme un vrai sujet d‟étude....Mais la traduction n‟est guère
une science avec une théorie bien solide. C‟est William Weaver, traducteur anglais
spécialisé dans la littérature italienne, qui a déclenclé la réflexion comtemporaine sur la
traduction. On peut y distinguer quatre approches théoriques :
-
Approches basées sur des théories linguistiques (structuralisme, pragmatique
linguistique, linguistique du texte): G. Mounin (Les Problèmes théoriques de la
traduction), J. Catford (A linguistic theory of translation)…
8
-
Approches basées sur des théories littéraires: Ezra Pound (Poems and
Translations ), “Polysystem theory” (“manipulation school”)
-
Approches basées sur des théories philosophiques: Steiner (Après Babel. Une
poétique du dire et de la traduction), Paepcke (Textverstehen und Uebersetzen.
Ouvertures sur la Traduction) et Stolze (Hermeneutik und Translation), Benjamin
Walter (The task of translator).
9
procédures utilisées lors des opérations traduisantes. Avec son oeuvre A linguistic
theory of translation, J. Catford a beaucoup contribué à la théorie de la traduction en
distinguant le contexte du cotexte car les traducteurs n‟arrivent presque jamais dans tous
les cas à donner une traduction compréhensible s‟ils se basent seulement sur ce qui est
écrit dans le texte original.
L‟histoire de la traduction passe à une autre page lors de l‟apparition de la linguistique
pragmatique. Initiée par J.-L. AUSTIN et J. SEARLE, la linguistique pragmatique a
attiré l‟attention sur le fait que le sens d‟un énoncé ne pouvait être saisi seulement à
partir de la valeur sémantique de cet énoncé, mais devait être considéré dans la
situation dans laquelle il est énoncé. La communication est fondée sur des actes de
langage, dont la valeur illocutoire varie selon les contextes situationnels. C‟est cette
valeur illocutoire que le traducteur doit saisir et rendre de façon adéquate en langue
cible.
L‟évolution de la linguistique structurale vers la linguistique du texte a eu des
répercussions importantes sur la conception de la traduction. Alors que la linguistique
contrastive avait centré l‟attention sur les études contrastives, qui avaient pour objet la
“langue” (au sens saussurien du terme), la linguistique du texte a fait prendre
conscience du fait que le traducteur traduisait la “parole”, que les mots n‟avaient pas un
sens une fois pour toutes, mais ne prenaient leur sens que dans le cadre du texte. Quant
au sens du texte, il n‟était pas dans le texte, mais venait au texte dans la saisie de celuici par le récepteur: une théorie du sens qui était induite par les réflexions de Heidegger.
La théorie de la traduction devenait tributaire d‟une théorie de l‟action qui disait que le
sens de toute action dépendait du but auquel elle tendait.
La Théorie skopos
En grec, le mot “skopos” signifie la visée, le but, la finalité . Il est employé dans la
traductologie pour désigner la théorie avancée par Hans Vermeer (Fondements d‟une
théorie de la translation= Grundlegung einer Translationstheorie) à la fin des années
C‟est ce genre de théories qui a donné naissance aux Etats Unis aux “Writing and
Creativity Workshops” et aux “Translation Workshops”, dont un des grands inspirateurs
a été Ezra Pound.
La „théorie‟ de Pound était fondée sur le concept d‟énergie dans la langue. Les mots
sont en quelque sorte une cristallisation du vécu historique d‟une culture, ce qui leur
donne une force, une énergie toute particulière. C‟est cette énergie qu‟il faut traduire.
Cette notion d‟énergie véhiculée par les mots a donné lieu à des abus. Ainsi Frederic
WILL, qui a dirigé le translation workshop de l‟université de Iowa à partir de 1964, a
fait état de cette notion d‟énergie, le „thrust‟, comme il l‟appelle, derrière les mots, pour
en déduire que les mots ne sont que des “indicateurs” de sens, que le traducteur doit
saisir intuitivement et dont il doit s‟inspirer pour créer son oeuvre à lui en langue cible.
11
Approches basées sur des théories philosophiques
George Steiner: L‟approche herméneutique
Pour Steiner, se faire “herméneute” c‟est se mettre dans la peau de l‟écrivain, afin de
saisir, dans une projection empathique, le sens de ce qu‟il veut dire et le transférer dans
la langue cible. Steiner voit l‟opération traduisante comme un mouvement en quatre
temps: “Trust” (confiance), “agression”, “incorporation” et “restitution”.
“Trust”: Le traducteur prend un risque en abordant un texte: sans avoir soumis ce texte
à un examen, il lui fait confiance en assumant qu‟il véhicule un sens.
“Agression”: Steiner se base sur Heidegger, un philosophe allemande, pour dire que
chaque acte de compréhension est une agression. Le traducteur pénètre dans le texte
source pour lui voler son sens, qu‟il veut emporter comme butin de guerre.
“Incorporation”: Après l‟avoir agressé et détruit, le traducteur s‟incorpore le texte
source, il le fait sien, il l‟avale et le digère, en quelque sorte.
“Restitution”: Les trois actes qu‟on vient de décrire ont créé un déséquilibre. Ici
Steiner se base sur l‟anthropologue structuraliste, Levi Strauss, qui dit que dans un
par Danica Seleskovitch et Marianne Lederer. Nous présentons alors cette Théorie avec
plus de détails dans la partie suivante.
1.1.2 La traduction telle qu'elle est conçue par les auteurs de la Théorie du sens
Comme on a présenté dans la partie précédente, la Théorie du sens ou la Théorie
interprétative a été fondée sur la pratique de Danica Seleskovitch et Marianne Lederer lors
de leur travail comme interprètes de conférence. Cette Théorie décrit la traduction comme
un processus de trois phases indissociables mais bien distinctes : Interprétation,
Compréhension et Réexpression.
Dans son ouvre Introduction à la traductologie, Mathieu Guidère donne son opion
sur cette théorie :
Ce modèle emprunte ses postulats théoriques aussi bien à la psychologie qu‟aux
sciences cognitives de son époque, avec intérêt particulier pour le processus mental
de la traduction. [20 : 46]
Cette théorie prend « le sens » comme son noyau d‟étude qu‟on ne peut qu‟obtenir en
retirant l‟explicite et l‟implicite du texte original. Pour saisir « ce sens », il faut que le
traducteur possède un bagage cognitif qui recouvre la connaissance du monde, la saisie
du contexte et la compréhension du vouloir dire de l‟auteur [20 : 69].
Et pour Lederer, dans La traduction aujourd‟hui (1994), une bonne traduction est
déterminée par plusieurs éléments dont le bagage cognitif, « Le bagage cognitif est pour
l‟essentiel ce qui se nomme en anglais encyclopaedic knowledge-connaissance
encyclopédique ou connaissance du monde. Il comprend toutes les connaissances
linguistiques et extra-linguistiques, emmagasinnées dans la mémoire de l‟individu,
réactivables à tout moment par une sollicitation extérieure ou antérieure». Elle a ajouté
13
aussi un autre élément décisif du succès des traduteurs, le contexte cognitif, ce sont « les
unités de sens dont on a déjà évoqué l‟existence et qui se constituent à mesure de la
14
En somme, la Théorie interprétative de la traduction met l‟accent sur la collectivité
linguistique à laquelle s‟adresse la traduction, sur l‟intelligibilité de la production
produite et à son acceptabilité dans la culture d‟accueil. Pour conclure, je reprends,
dans Traduction aujourd‟hui de Lederer, les conseils empiriques des professeurs de
l‟ESIT à leurs étudiants « Ne cherchez pas à „traduire‟, dites ce que vous
comprenez ; pour comprendre correctement, pensez à la qualité en laquelle
s‟exprime l‟orateur, pensez aux interlocuteurs auquel il s‟adresse, aux
circonstances dans laquelle il parle....”
1.1.2.1 Les trois niveaux de la traduction
Comme on a présenté dans la partie précédente, le texte peut être divisé en d‟autres
éléments plus petits : mot, phrase ou texte auxquels correspondent différents types de
traduction. Chaque type lui-même possède des caractéristiques différentes et bien entendu
fait recours à différentes procédures de traduction. On va analyser ces trois niveaux avec
des exemples concrets :
On peut prendre la phrase Je suis cette femme comme exemple à analyser.
Au niveau du sémantisme lexical, on peut facilement trouver les correspondances de
chacun des éléments constituant cette phrase dans un dictionnaire. Mais ce travail ne tient
pas compte du cotexte, les mots qui entourent un mot ou du contexte, la situation de
communication. L‟exemple ci-dessus donne les correspondances suivantes :
Je : Tôi, tao, mình, tớ....
Suis : là, theo....
Cette femme : người phụ nữ, người đàn bà, ....
À ce niveau- là, quand les mots sont coupés du contexte, il est alors impossible de donner
une traduction correcte. Le verbe suis dans l‟exemple peut être soit la conjugaison du verbe
être, soit la conjugaison du verbe suivre. Là, l‟effacement du contexte dans la traduction de
la phrase cause déjà l‟ambiguïté du mot alors la phrase traduit. Si on doit traduire cette
musée. Dans le groupe des touristes, il y a une femme. Et quand le guide touristique
demande aux touristes de le suivre. Ce touriste-là dit qu‟il va suivre cette femme dans le
groupe en prononçant « Je suis cette femme ». Là, on peut voir que toutes les ambiguïtés
sont déjà enlevées. Il nous reste seulement une traduction possible pour cet exemple Tôi đi
theo người phụ nữ này.
À travers cet exemple, il faut réaffirmer la valeur indéniable du contexte dans la
traduction. La décontextualisation produit une traduction mot à mot et bloque le caractère
univoque de la phrase ou du mot. Dans son oeuvre Interpréter pour traduire, Seleskovitch
a donné une constatation « [...] les mots pris isolément n‟ont que des virtualités de
significations, les phrases séparées de leur contexte n‟ont que des virtualités des sens. Si
on prend des mots au hasard dans le tiroir de la langue et qu‟on les examine les uns après
les autres, on arrive à aligner pour chacun un certain nombre de significations [...]
16
Polysémie et ambiguïté sont caractéristiques de tout assemblage de mots hors contexte,
elles disparaissent lorsque la phrase est placée dans le fil de son discours. Seule
l‟intention de communiquer qui construit la parole libère les mots de la polysémie, les
phrases de leur ambiguïté et les charge de sens ». Et on peut apercevoir que dans
beaucoup de cas, les mots restent les mêmes, c‟est à dire les mêmes significations mais
leurs sens changent selon le contexte. Par exemple, avec le mot porte, si quelqu‟un dans le
bus le prononce lorsqu‟il veut descendre, le chauffeur va comprendre certainement que
c‟est une demande d‟ouvrir la porte. En revanche, quand le bus est en train de rouler, la
porte est ouverte, sûrement le chauffeur va faire le contraire, c‟est-à-dire, fermer la porter
quand il reçoit le même énoncé. En effet, dans les deux cas, la signification du mot porte
reste le même mais le sens change avec le changement de la situation ou de la motivation
de la personne qui prononce cet énoncé. Cet exemple explique encore une fois
l‟importance du contexte dans la traduction.
Lederer classe les trois niveaux de traduction en deux types. Les deux premiers qui lient
une même langue ou dans une autre. Alors, une question se pose : Comment les interprètes
peuvent-ils traduire ? Quel mécanisme utilisent-ils pour tout retenir et le réexprimer ? La
réponse se trouve dans la déverbalisation.
Quoique ce soit un texte littéraire, scientifique ou un discours, tout texte doit être fait dans
un contexte particulier et dans le but de faire circuler une certaine d‟idées. Et plus les
traducteurs font attention aux composants linguistiques, plus ils oublient les idées ou le
sens que l‟auteur veut transmettre. Par conséquent, pour saisir tout le texte de 5 minutes ou
même plus, il est préférable que les traducteurs n‟essaient de retenir que ce qui est compris
du texte au lieu des structures ou des phrases de la langue de départ. Et alors, il fait recours
à la déverbalisation.
La déverbalisation est le fait que l‟interprète oublie des mots pour ne retenir que le sens du
texte original. Même s‟il est rédigé en notre langue maternelle, il nous est impossible de
retenir en quelques minutes les mille mots d‟un texte tels quels à l‟écrit même à l‟oral. Or
le travail des interprètes leur demande de transmettre un message de même longueur ou
plus d‟une langue à l‟autre. Cela les oblige à ne retenir que ce qu‟ils comprennent et non
pas les structures syntaxiques, l‟intonation....Ils gardent seulement dans la tête ce qui est
compris et le transmettent dans la langue d‟arrivée lorsqu‟ils procèdent à la traduction. Ce
qui leur permet de ne pas être dérayés, c‟est un fil conducteur selon lequel un texte est
construit. Grâce à ce fil-là, les interprètes peuvent synthétiser ce qui est entendu. En plus,
la déverbalisation aide les traducteurs à ne pas produire une traduction mot à mot ou une
traduction linguistique. En effet, si les éléments syntaxiques sont retenus, on aura tendance
à trouver leurs correspondances dans la langue d‟arrivée sans tenir compte du sens que
l‟auteur veut véhiculer comme ces mots sont gravés dans nos têtes. Ce phénomène est
18
particulièrement singulier aux apprentis traducteurs ou les traducteurs débutants car pour
eux, en général, quand ils ne captent pas encore l‟idée du texte, c‟est plus facile à saisir les
mots qu‟ils traduiront lors de la restitution. L‟exemple d‟une traduction d‟une oeuvre
plus espagnols que français.
Nha hơn là một người Pháp...
Nous, on était mariés depuis 6 ans et il n’y Chúng tôi lấy nhau từ sáu năm trước và
avait jamais eu un nuage.
chưa bao giờ có một gợn mây.
C‟est une femme qui est instruite, qui sait Đó là một người đàn bà có học thức, có thể
tout faire...Elle touche à un chiffon : ça làm được mọi việc...Cô ấy chạm tay vào
devient une robe....Elle meuble une petite một mảnh giẻ rách, thế là nó thành ngay
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maison de paysans : ça devient un Paradis
một chiếc áo...Cô ấy mà xếp dọn một túp
lều nông dân, nó sẽ trở thành Thiên
đường...
On peut facilement trouver que cette traduction est fourmillante de fautes. Le traducteur
n‟essayait que de trouver une correspondance français-vietnamien sans tenir compte de son
usage dans la langue vietnamienne. Les mots en français des raisons évidentes sont traduits
en vietnamien lý do hiển nhiên. Certes, littéralement, c‟est correct, raison c‟est lý do et
évidentes c‟est hiển nhiên. Cependant quand on met les deux mots juxtaposés en
vietnamien, ils ne donnent aucun sens dans ce contexte. De même avec la femme, ce mot
donne một người đàn bà en vietnamien. Avec cette traduction, les lecteurs dans la langue
d‟arrivée vont certainement penser que tous ces gens-là pensent à une seule femme qu‟ils
Langue et discours
Il est incontestable que l‟objet de la traduction n‟est pas la langue mais le discours. Une
traduction reposant sur la langue présente forcément des maladresses car les compléments
cognitifs ne sont pas pris en considération. Contrairement à cette traduction souvent
présentée dans les cours de langue, qu‟on appelle traduction linguistique, la traduction
interprétative vise le discours et tient compte aussi des autres éléments que les
significations. Les trois compléments qu‟on va montrer ci-dessous permettent la
transformation de la langue au discours.
. Le premier élément constituant est la situation. Elle est le cadre matériel, la salle où on se
trouve, l‟heure où se passe la scène, les gestes, les mimiques de l‟orateurs, les
caractéristiques des participants....Lorsqu‟un énoncé de type « La porte, s‟il vous plaît»
qui paraît polysémique est mis dans une situation précise, dans une salle où la porte est
fermée par exemple, il devient tout à fait évident car il exprime un ordre et demande
quelqu‟un d‟ouvrir la porte. Prenons le même l‟énoncé mais on le place dans un autre
cadre matériel, dans une salle où la porte est ouverte, quelqu‟un va certainement fermer la
porte après avoir reçu cet énoncé. Le même énoncé, c‟est à dire, les mêmes mots mais dans
différentes situations transmettent différentes intentions du locuteur. La même phrase dont
la perception de la situation différente donne les interprétations différentes. En l‟absence
de ce matériel, le mot porte n‟évoque pas tels sens mais porte reste toujours la porte. Il
donne seulement dans le cadre de convention linguistique sa signification lexicale et son
audition ne déclencherait que son identification.
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Dans le premier cas dont la présence d‟une situation est claire, nous avons affaire au
discours et dans le second, à la langue. En fonction des éléments de perceptions
sensorielles, le mot porte ne donne pas une unique image d'un objet mais il se dissout dans